3 – Très Chère Mary

Très Chère Mary,

Tu pensais que je t’avais oubliée (pardonne-moi cette familiarité, mais je tutoie si facilement ceux que j’aime, qu’il m’est impossible de te vouvoyer…) et que j’avais omis mon vœu promis lors de cette soirée si agréable du 8 août 2016, passée sur la terrasse fleurie d’Albertine et Georges. Un vœu de témoignage, d’un pèlerin non conformiste, pour ta paroisse.
Et bien tu vois je n’ai pas oublié, je n’ai pas oublié ton beau regard bleu si profond où l’on peut lire ton histoire si ébouriffante, si féconde et si riche d’enseignement. Et je n’ai pas oublié non-plus l’accueil d’Albertine et du moustachu Georges. Un accueil d’une mamy et d’un papy comme on se l’imagine quand on n’en a jamais eu. Choyés, dorlotés, entourés de soins attentifs et sincères, mais sans trop, pas oppressants, sachant nous laisser toute notre liberté, le marcheur aime se sentir libre et redoute les contraintes.

Et c’est cela que je tenais à t’écrire chère Mary, l’importance du travail que vous effectuez, vous les sans grades, les accueillants de l’ombre, les hospitaliers secrets. Et qu’est-ce qui vous motive à donner de votre temps, voire de votre argent, à vous rendre disponible car je pense que souvent le « donativo » ne couvre pas tous les frais de repas, lavage, nettoyage… Mary tu me diras, la foi en ton prochain en tant que croyante, oui il y a de cela mais je pense au plus profond de moi qu’il y a autre chose, bien sûr moi je ne suis pas croyant, Dominique mon épouse l’est.
Je crois qu’il y a aussi cette relation directe avec le pèlerin, l’accueillant nous aide à poursuivre notre route et je pense qu’il a un peu le sentiment de devenir un maillon du pèlerinage de celui qu’il reçoit. Le pèlerin qu’il a accueilli lui a permis par la même occasion de rentrer dans son sac à dos, dans son bissac affectif, dans son cœur. La pèlerine, le pèlerin lui permettent de participer activement avec un bonheur non fin à sa route, de cheminer avec lui et d’entrer dans leurs besaces à souvenirs. Une espèce de mission de vie, d’échanges, d’amour pour la création d’un lien de paix entre les hommes.
Et c’est fabuleux ce que vous créez, cette immense chaine qui entoure notre planète, cette chaine de rencontres et d’échanges. Depuis que nous pérégrinons, sur la Via Francigena entre Briançon et Rome, sur le Gargano dans les Pouilles, sur le chemin de Stevenson dans les Cévennes, sur le chemin d’Assise depuis Vézelay, et autres… nous en avons des noms dans notre besace, nos maillons de cette chaines infinie sont Louise, Michel, Gégé et Bernardette, c’est Jacqueline, Claude, ce sont Dominique et Régine… Albertine, Georges, Mary, etc, etc, etc… Des Amies, des Amis dont nous parlons furtivement dans nos blogs, conclusion à nos pérégrinations : https://giletdomfouleursdesentes.wordpress.com/ . Une chaine humaine de bons souvenirs, de mains tendus, d’accolades, de baisers, d’échanges, de partages d’idées parfois différentes, d’ouvertures vers les autres qu’ils soient bleus, noirs, jaunes, violets, grands, petits, bruns, roux, croyants ou pas… Une chaine soudée avec les perles de sueur de nos marches, un lien à la force imbrisable.

Toutefois il faut bien se dire et être très conscient que le pèlerin, le routard, le marcheur est dans un autre état, il a laissé sa vie de chaque jour au vestiaire, il est dans cet état primaire, réceptif, sensible, ouvert qui fait de lui un homme, une femme disponible à autrui.
David Le Breton écrit :  » La marche est une forme élémentaire de résistance, de retrouvailles avec le monde… Sur les sentiers, il n’est plus nécessaire de soutenir le poids de son visage, de son nom, de sa personne, de son statut social, de son emploi du temps… Le marcheur tombe les éventuels masques car nul n’attend de lui qu’il joue un personnage. Il est un inconnu sur la route, sans engagement autre que l’instant qui vient et dont il décide de la nature… En principe, il est déconnecté, ouvert à son environnement, aux rencontres, au temps qui passe. En vacance de soi, pour une durée plus ou moins longue, il change son existence et son rapport aux autres et au monde, il n’est plus engoncé dans son état civil, sa condition sociale, ses responsabilités envers les autres, il est disponible aux découvertes au fil de l’itinérance. L’esprit peut battre la campagne en toute liberté… »

Toutefois, la vigilance pour le pèlerin est de mise, car à mesure que le pèlerin avance, il finit, je ne fais pas une généralité, il finit inconsciemment et bêtement, par tenir pour acquis ce service d’hébergement. Il oublie alors d’accueillir simplement ce qu’on lui offre et qu’un simple mot de remerciement, qu’un simple sourire est porteur d’un cadeau impalpable, insaisissable, mais qui compte tellement. Je pense aussi que le pèlerin doit-être soucieux de son accueillant et qu’il doit le considéré tel qu’il est, c’est au pèlerin de rentrer dans le cadre de son accueillant et de ne pas tomber dans l’attente d’un confort auquel il est habitué.

Sans vous Mary, comment croirais-tu que le Camino, que la Via di Assisi pourraient continuer à vivre, par une démarche mercantile, je ne crois pas pour l’avoir vécu, mais c’est une autre histoire.

Sur cette fabuleuse, sur cette merveilleuse, sur cette ébouriffante route que vous nous tressez étape par étape, n’oublions jamais nous autre pèlerins, peregrinos, pellegrino, ce petit mot si simple, si beau, si reconnaissant, Merci et ce joli sourire échangé avant de se quitter. Un mot, une phrase sincères dans le Livre d’Or, s’il y en a un, laissent une trace indélébile de notre reconnaissance et de notre gratitude

Voilà Mary, ce que je voulais te dire, et que tu peux faire lire aux paroissiens de Saint Jean de Maurienne. Si tu souhaites recevoir la suite de nos voyages, tu peux m’envoyer ton mail, auquel je m’empresserai de répondre.
Dominique, Elisabeth et moi, t’embrassons avec une immense tendresse.
Dominique, Elisabeth et Gilles,
Ardon, le 22 novembre 2016