ASSISI

Entre Chiusi et Assisi
Chiusi – Tavernelle – Castiglione della Valle – Torgiano – Assisi

1535 kms : Le détail de nos 71 étapes, cliquez-ici.


Petit traité sur l’immensité du monde de Sylvain TESSON


« C’est en vogue : on court, on vaque. On se tatoue, on se mondialise. On se troue de piercings pour avoir l’air tribal. Un touriste s’envoie dans l’espace pour vingt millions de dollars. « Bougez-vous ! » hurle la pub. « A fond la forme ! » On se connecte, on est joignable en permanence. On s’appelle pour faire un jogging. L’État étend le réseau de routes : la pieuvre de goudron gagne. Pendant que les TGV fusent, les paysans disparaissent. « Tout fout le camp », disent les vieux qui ne comprennent rien. En fait, rien ne fout le camp, ce sont les gens qui ne tiennent plus en place. Mais ce nomadisme-là n’est qu’une danse de Saint-Guy. »

entre Chiusi et Tavernelle

« Il est cependant une autre catégorie de nomades. Pour eux, ni tarentelle ni transhumance. Ils ne conduisent pas de troupeaux et n’appartiennent à aucun groupe. Ils se contentent de voyager silencieusement pour eux-mêmes. On les croise sur les chemins du monde. Ils vont seuls, avec lenteurs, sans autre but que celui d’avancer. »

Festival « PAN-OPERA di PANICALE »


LA TOSCANE MUSE DES ECRIVAINS
par Maeva Demougeot


Raffinée et harmonieuse, la Toscane magnétise les écrivains. Depuis le 18ème siècle, nombreux sont ceux à venir promener leur plume le long de ses paysages vallonnés. Une terre au cœur du processus créatif où l’inspiration jaillit des allées de cyprès comme des pierres millénaires. Patrie de Dante et de Pétrarque, la Toscane est, à n’en pas douter, une région où bat le pouls de la littérature. Écrivains de tous horizons et époques, sont venus puiser à la source de ses paysages de quoi enrichir leurs romans.

« Paysage toscan, agréable et noble. Les blés en herbe sont éblouissants de fraîcheur ; au-dessus d’eux s’ordonnent des files d’ormeaux chargés de vignes, bordant la rigole qui les arrose. La campagne est un verger que les eaux aménagées viennent fertiliser. On voit ces eaux venir abondamment des montagnes et se tordre bleues et limpides sur leur lit trop large de cailloux roulés. Partout des traces de prospérité. Le versant des montagnes est piqué de mille petits points blancs ; ce sont des maisons de campagne et de plaisance ; elles sont là chacune dans son bouquet de châtaigniers, d’oliviers et de pins. On voit des marques de goût, de bien-être dans celles qu’on aperçoit en passant ; les fermes elles-mêmes ont un portique au rez-de-chaussée ou au premier étage pour prendre le frais du soir. «  Voyage en Italie, Hippolyte Taine

entre Tavernelle et Castiglione della Valle

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« À force d’indifférence et d’insensibilité, il arrive qu’un visage rejoigne la grandeur minérale d’un paysage. Comme certains paysans d’Espagne arrivent à ressembler aux oliviers de leurs terres, ainsi les visages de Giotto, dépouillés des ombres dérisoires où l’âme se manifeste, finissent par rejoindre la Toscane elle-même dans la seule leçon dont elle est prodigue : un exercice de la passion au détriment de l’émotion, un mélange d’ascèse et de jouissance, une résonance commune à la terre et à l’homme, par quoi l’homme comme la terre, se définit à mi-chemin entre la misère et l’amour. Il n’y a pas tellement de vérités dont le cœur soit assuré. Et je savais bien l’évidence de celle-ci, certain soir où l’ombre commençait à noyer les vignes et les oliviers de la campagne de Florence d’une grande tristesse muette. Mais la tristesse dans ce pays n’est jamais qu’un commentaire de la beauté. Et dans le train qui filait à travers le soir, je sentais quelque chose se dénouer en moi. Puis-je douter aujourd’hui qu’avec le visage de la tristesse, cela s’appelait cependant du bonheur ? » Recueil Noces, « Le désert, le voyage de Camus en Toscane », Albert Camus

Voile de brume…


PAUSE MUSICALE


Antonio Castrignanò : Mula Pietra



DES RENCONTRES TRÈS RICHES


A Castiglione della Valle, nous allons directement au Paradis, au Petit Paradis plus exactement sans passer par le Purgatoire, il faudra prévenir Dante. Notre Saint Pierre à nous se nomme Sophie, une charmante jeune femme qui nous accueille d’exquise façon. C’est une Française du Sud, mariée avec un Italien du cru Alexandro. Sans être dithyrambique, nous pouvons dire que le lieu ainsi que l’accueil sont chaleureux, amènes, conviviaux, d’une douce quiétude agréable. En dinant sur la terrasse du pavillon, nous sommes accompagnés par Sophie en Français, Alexandro en italien pur et dur et par la gentille Agnès, leur fille. Un excellent hébergement à retenir. Dans le superbe village médiéval vous rencontrerez surement l’épicière qui aura à n’en pas douter, une foultitude d’évènements à vous conter…

 


LES AVENTURES ORDINAIRES DE MUSARDO… le petit escargot,
alias DOM !



VIE THÉÂTRALISÉE DE FRANCESCO


Vous pouvez retrouver toute la pièce de théâtre
écrite durant les 3 premières périodes
dans FRANCESCO !

LES FIORETTI DE FRANÇOIS D’ASSISE
6ème Fioretti Comment François allant à Sienne,
réconcilia des hommes qui s’entretuaient

Cheminant un jour avec frère Massée, François s’en allait; et ledit frère Massée marchait un peu en avant; et arrivant à un carrefour, par lequel on pouvait aller à Sienne, à Florence, et à Arezzo frère Massée dit:

Frère Massé : « Père, par quel chemin devons-nous aller? »
François répondit : « Par celui que Dieu voudra ».
Frère Massée : « Et comment pourrons-nous savoir la volonté de Dieu? »
François répondit: « Au signal que je te montrerai. D’où je te commande, par le mérite de la sainte obéissance, que dans ce carrefour, à l’endroit où tu as les pieds, tu tournes sur toi-même comme font les enfants; et ne cesse de tourner que je ne te le dise ».

Alors frère Massée commença à tourner en rond; et tant il tourna, que par le vertige de tête qu’engendre un tel tournoiement, il tomba plusieurs fois à terre. Mais, François ne lui disant pas de s’arrêter, et lui, voulant fidèlement obéir, il se relevait et recommençait. A la fin, quand il tournait bien fort, François lui dit:

François : « Arrête-toi et ne bouge plus ».
Il s’arrêta et François lui demanda:
François : « De quel côté tiens-tu le visage? »
Frère Massée répondit: « Vers Sienne ».
François dit: « C’est la route par laquelle Dieu veut que nous allions ».

Allant par cette route, frère Massée s’étonnait fort de ce que François lui avait fait faire, – comme s’il fut un enfant – devant les séculiers qui passaient; néanmoins, par respect, il n’osait rien en dire au père saint.
Comme ils s’approchaient de Sienne, le peuple de la ville apprit l’arrivée du saint. D’où il alla à sa rencontre et par dévotion le porta lui et son compagnon jusqu’à l’évêché, si bien qu’ils ne touchèrent point terre avec les pieds. Or, à ce moment, plusieurs hommes se battaient entre eux et déjà deux des leurs en étaient morts. Arrivant dans ce lieu-là, François leur prêcha si dévotement et si saintement, qu’il les ramena tous à la paix et grande union et à la concorde entre eux. Pour cela, l’évêque de Sienne entendant l’œuvre sainte qu’avait faite François, l’invita chez lui et le reçut avec très grand honneur ce jour-là et aussi la nuit. Et le matin suivant François, vrai humble, qui dans ses œuvres ne cherchait que la gloire de Dieu, se leva de bonne heure avec son compagnon et partit sans voir personne.

Mes petites sœurs les Fleurs…
Mes petits frères les Fruits…

De cela frère Massée allait murmurant en lui-même sur le chemin, disant:
Frère Massé : « Qu’est-ce qu’a fait ce brave homme? Qui me fit tourner comme un enfant et à l’évêque, qui l’a tant honoré, il n’a donné cependant aucune bonne parole, et il ne l’a pas remercié ».

Et il parut à frère Massée que François s’était comporté sans discrétion. Mais, ensuite, rentrant en lui-même par une inspiration divine et se reprenant, il dit en son cœur:

Frère Massé : « Frère Massée, tu es trop orgueilleux, toi qui juges les œuvres divines, et tu es digne de l’enfer pour ton orgueil indiscret; car dans la journée d’hier frère François fit des œuvres si saintes qu’elles n’auraient pas été plus merveilleuses, si l’Ange de Dieu les avait faites. Aussi, qu’il te commandât de jeter des pierres tu devrais lui obéir; et ce qu’il a fait sur cette route est venu de l’ordre divin, comme il est démontré dans la bonne fin qui s’en est suivie. Parce que s’il n’avait pas réconcilié ceux qui se battaient entre eux, non seulement beaucoup de corps, comme ils avaient déjà commencé, seraient morts à coups de couteaux, mais aussi le diable aurait entraîné beaucoup d’âmes en enfer. Tu es donc très sot et très orgueilleux, toi qui murmures de ce qui, manifestement, vient de la volonté de Dieu ».

Mes petites sœurs les Ouailles…

Et toutes ces choses, que frère Massée disait dans son cœur, en marchant devant, furent révélées par Dieu à François. Aussi s’approchant de lui, François parla ainsi.

François : « Tiens-toi à ces pensées que tu as maintenant, parce qu’elles sont bonnes et utiles et inspirées de Dieu; mais le premier murmure que tu faisais était aveugle et vain et orgueilleux; et il fut mis dans ton âme par le démon ».

Alors frère Massée s’aperçut clairement que François savait les secrets du cœur, et comprit avec certitude que l’esprit de la sagesse divine dirigeait le père saint dans tous ses actes.


entre Castiglione della Valle et Torgiano


NOS ÉTAPES VUES PAR RUNKEEPER



Petit traité sur l’immensité du monde de Sylvain TESSON


« Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche, je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c’est quand j’avance, devant moi, que tout s’arrête : le temps et l’obscure inquiétude de ne pas le maîtriser.

Au tic-tac de l’horloge, le voyageur répond par le martellement de sa semelle. Un kilomètre abattu, c’est dix minutes gagnées. »


1, 2, 3… SOLEIL !


DES VISAGES SUR DES NOMS


Hippolyte Taine, né à Vouziers le 21 avril 1828 et mort à Paris le 5 mars 1893, est un philosophe et historien français.
Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi, près de Bône, en Algérie, et mort accidentellement le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l’Yonne en France, est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, journaliste, essayiste et nouvelliste français.


Hôtel « Al Grappolo d’Oro »

 


SOUVENANCES de DOM, de BAB et de GIL…
De ces 1500kms de pérégrination à travers la France et l’Italie,
ce que nous retenons, ce qui nous touche, ce qui nous a marqué…
Ce que nous avons à en dire…


Cher Gilles,

Tout d’abord je dois te dire le bonheur de voyager en ta compagnie, quand à Babeth, c’est bon d’être ensemble comme dans notre enfance.
Ces marches en pleine nature et souvent en silence réveillent les souvenirs, se peuplent des gens aimés et conduisent inévitablement à la réflexion. C’est donc une rencontre, un moment de partage avec les vivants et les morts.

Et c’est parti pour une longue marche dans l’esprit de François puisque c’est lui qui nous a ouvert ce chemin; « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix… »

Comme je l’aime ce monde quand nous marchons à travers les montagnes et les forêts. Dès le départ, le Beaujolais avec ses dénivelés inattendus, la découverte de la sombre forêt du Morvan et les Alpes, Le Pas de la Coche (1989m) quelle merveille, grandiose ! L’altitude me donne des ailes et c’est bien nécessaire car ça grimpe vraiment … je suis enivrée et heureuse. Et de l’autre côté l’Italie, bientôt la Toscane qui mérite bien les louanges qu’on lui accorde pour sa beauté naturelle, ses collines gracieuses qui offrent une vue splendide, ses villages médiévaux plein de surprises harmonieuses, j’aime ces vieilles pierres.

Quand nous arrivons en Ombrie, Assise nous aspire, nous grimpons directement à flanc de colline pour atteindre la basilique et là, c’est l’éblouissement, sincèrement, arriver dans la basilique inférieure après une longue marche et découvrir ces voûtes et ces fresques, quel bonheur ! Oui, nous en avons admirés des châteaux, des abbayes, des églises, mais là, ça me touche plus profondément. Le lieu est respecté, je peux m’y recueillir et repenser à tous les êtres croisés sur le chemin qui nous ont si généreusement accueillis, à toute ma famille présente dans mon cœur et les confier à la protection du très haut.

Marcher avec sur son dos le stricte nécessaire, quelle liberté ! Être disponible et suivre le chemin l’esprit libre, quel repos ! Découvrir le monde et s’émerveiller ! Savoir qu’on a auprès de soit des êtres chers et dans le cœur une famille qui nous aime.

Dominique


entre Torgiano et Assisi

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« Après ces 1500kms mon premier ressenti : une légèreté, un bien-être physique mais aussi intérieure et une grande joie de  l’avoir fait, car pas toujours facile le chemin.

En repensant à notre marche, j’ai encore les yeux ébahis de tous les paysages magnifiques et si différents, que nous avons traversés Nous avons rencontré très peu de pèlerins, ce qui est un peu dommage, mais nous a permis de profiter très égoïstement de cette nature. Nous prenions le temps de regarder, d’admirer, enfin quand il ne pleuvait pas.

Je garde de très bons souvenirs des personnes qui nous ont accueillis, ainsi que des lieux parfois surprenants où nous avons dormi sauf peut-être à « l’auberge rouge ».

Le soir après notre visite de la ville, j’aimais bien notre « Prosecco » pour célébrer notre journée de marche et le plaisir d’être ensemble. Nous avons passés de très bons moments, c’était vraiment chouette. »

Elisabeth


ASSISI…


Chère Mary,

Nous voilà partis, Dominique avec sa foi sacrée et son respect du divin, Elisabeth avec sa foi en l’autre et son admiration pour la nature et moi avec ma foi laïque et mon athéisme viscéral. Nous voilà partis avec notre soif insatiable, dévorante, d’horizons nouveaux, de gens nouveaux, de relations nouvelles. Nous voilà partis avec cette envie intarissable et magique de vouloir réaliser ce nouveau projet ENSEMBLE.

Peu de pèlerins encore sur le Chemin du Poverello, la voie (voix) d’Assise ne fait pas encore recette. Nous rencontrons donc peu de gens, mais ceux que nous -côtoyons compte double… Ce sont Olivier – Michel – Jacqueline – Anémone – Gérard – sœur Marie-Agnès – Gilberte et Bruno – Gioia et Walter – Louise – Gégé et Bernadette – Claude, Dominique et Régine – Albertine, Georges, Mary – Rita – Sœur Ginetta – Sophie, Alexandro et Agnès et tant d’autres, nous en avons des noms dans notre besace, les maillons d’une chaines infinie. Une chaine humaine de bons souvenirs, de mains tendus, d’accolades, de baisers, d’échanges, de partages… Une chaine soudée avec les perles de sueur de nos marches, un lien imbrisable.

Et puis toutes ces régions que nous avons traversées, toutes aussi différentes, toutes aussi attachantes, toutes aussi ancrées dans nos mémoires. Le Morvan aux forêts si belles, si majestueuses, si sauvages, si inhumaines, si secrètes. Dans les dénivelés cachés de Bourgogne, du Beaujolais, le corps s’habitue à l’effort, aux épines, à la pluie et au froid. La respiration devient plus ample. Les muscles, les os, les articulations se confortent, le moral suit. Et puis les champs mieux exposés des Dombes éclatent de jaune, de l’union des couleurs entre l’or du colza et le bleu du ciel, naissent de fastueux camaïeux de verts. Dans le Bugey, l’horreur est au rendez-vous, des murs de chenilles à traverser. Malgré notre aversion, nous devons franchir ces barrières monstrueuses, qui nous collent au visage, s’agglutinent sur nos vêtements… Un cauchemar qui nous suivra longtemps. De l’imaginaire onirique et fleurie de la Chartreuse il nous reste un massif au relief tourmenté, parsemé de nombreuses difficultés et émaillé de montés abruptes, de falaises vertigineuses, et de descentes impétueuses. Et puis monter vers le Pas de la Coche… « Ma » Dom, si heureuse dans les hauteurs. Grand Corbeau indigo, aux impétueuses envolées… enfin tu te sens libre. Toutefois ces Alpes que je redoute me dopent, me stimulent. Je ne sais d’où vient cette pulsation, ce rythme insufflé à mes jambes, ce souffle injecté dans mes poumons, ce besoin que mon esprit et mon corps ont de vouloir se transcender. Il Piemonte, et ses champs de noisetiers. La ‘Tonda e Gentile du Piémont », Les meilleures noisettes du Monde ! Paradis délicieux des gourmets et des becs fins. L’Alta Via, en Liguria, inoubliable ! On l’a encore dans les jambes, dans le corps, dans la tête. Gravés à jamais cette succession de cols, de crêtes, de balcons, de descentes sur l’ardoise aux brisures qui roulent sous le pied. Hé Bab ! L’Auberge Rouge t’en souviens-tu ? Ce rire de petite fille dans un corps de sorcière !

Et pour finir cet inventaire régional à la Prévert, quelle femme, quel homme, dont le cœur ne battrait, rien qu’à entendre prononcer ce nom : Toscana ! Dans la consonance même du mot, d’une sonorité si fière, si douce, si subtile qui pour nous trois, contient et signifie tant. Nous revoyons pêle-mêle les souvenirs de tant de nobles et délicats paysages, de tant d’ouvrages d’art si intelligents, de tant d’heures exquises vécues dans l’un des plus beaux lieux du monde. Un décor naturel où viennent s’intégrer églises, dômes, chapelles, tours médiévales, dans des camaïeux de marrons, de terre de Sienne… Un décor prestigieux où chaque ville, chaque place, chaque rue donne à l’artiste que nous sommes, des démangeaisons au bout des yeux, dans le creux des oreilles, à l’extrémité des doigts. Nous avons d’illustres prédécesseurs : Dante, Giotto, Michelangelo, Botticelli, Puccini. Déambuler dans les rues de ces villages, fouler les pavés disjoints, reste un pur plaisir. Au hasard des places et des escaliers déboucher au pied d’un majestueux Duomo, se retrouver face à une église ciselée de statuts, de colonnes, de gargouilles innombrables toutes en camaïeux de marbres roses, blancs, noirs, verts, bruns, dominant une multitude de petites ruelles tortueuses… Et si, par chance le village est délaissé par les marchands du temple! C’est une apothéose de beauté, de tranquillité, une douce quiétude… Un Bonheur de Pierres.

En parcourant les rayonnages de ma bibliothèque intérieure, quelques moments épiques me reviennent, toujours aussi vivants, toujours aussi vibrants. C’est Dom, Chef de Cœur-de-Vaches, spécialiste du beuglement chanté, experte du meuglement ahané, qui rassemble ses choristes et les fait chanter. Un moment particulièrement touchant et inoubliable. Ce sont les Sisters en quête d’un lieu pour fêter dignement mon anniversaire téléphonant en cachette à l’unique épicerie-librairie-papeterie-droguerie-maison-de-la-presse-boulangerie-patisserie-bar de la charmante propriétaire Damiana Nowacki de Broye. Ce sont les chiens casse-couilles qui restent la pire nuisance de nos pérégrinations. C’est Bab, la femme aux décisions affirmées, aux choix indubitables, en proie à une perplexité sans bornes devant le choix compliqué entre le caffè Macchiato et le caffè Marocchino. C’est le maire, important vigneron local, qui nous montre notre cellule-couloir-lits-de-camps, sans chauffage, sans eau chaude et sans douche, une première. C’est Gil menant souvent la marche, que Dom ferme. Dominique aime bien être derrière, tout faire côte à côte, mais derrière. Et Gil préfère la Dom, derrière, car devant c’est une petite chevrette fofolle, se préoccupant peu du reste de la cordée. Toutefois notre duo de marcheurs est parfaitement réglé, un tempo que nous répétons depuis 50 ans. Un duetto pour la vie.

C’est par une nuit où j’ai du mal à dormir dans cette chambre peu chauffée, bercé par le ronflement de la chambrée que j’ai une vision lumineuse, dans le noir de la nuit. C’est Francesco, le Poverello, accompagné de Dame Pauvreté qui me raconte son histoire, elle deviendra FRANCESCO, théâtralisé. La beauté vient de l’amour comme le jour vient du soleil…

Tu vois Mary, je n’ai rien oublié, je n’ai pas oublié non plus ton beau regard bleu si profond où l’on peut lire ton histoire si ébouriffante, si féconde et si riche d’enseignement. C’est cela que je tenais à t’écrire chère Mary en arrivant à Assisi, pour que tu vois bien l’importance du travail que vous effectuez, vous les sans grades, les accueillants de l’ombre, les hospitaliers secrets. Pour te faire participer activement avec un bonheur non fin, à notre route, à notre cheminement et rentrer dans notre besace aux souvenirs, afin de tisser une toile de paix entre les hommes. Ah! J’oubliais, ce petit mot si simple, si beau, merci et un joli sourire échangé avant de se quitter.

Voilà Mary, tu peux lire cette lettre aux paroissiens de Saint Jean de Maurienne.
Je t’embrasse avec une immense tendresse.
Gilles, Ardon le 30 novembre 2018
PS: On recommence bientôt, Mary tu viens avec nous ???
       Je t’enverrai le CANTIQUE DES CRÉATURES par mail



LES FORMALITÉS


LA CREDENTIAL :
Credential et creantial, véritables « passeport du pèlerin », sont les héritières de la lettre que l’évêque remettait traditionnellement à ceux qui souhaitaient entreprendre le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, Rome, Assise. Cette lettre de créance attestait la condition de pèlerin de celui qui la détenait, invitant les autorités diverses, l’Église et tous les hommes rencontrés en chemin à lui offrir aide et protection. Elle permettait de distinguer les véritables pèlerins de ceux qui prenaient la route pour fuir leur famille ou leurs devoirs militaires…

 

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Nous y sommes !!!


LE TESTIMONIUM :
Le Testimonium est un document qui atteste que le pèlerin a bel et bien effectué son pèlerinage à Assisi devotionis causa. C’est l’équivalent de la « Compostelle » que l’on reçoit à la fin du Chemin de Compostelle. Historiquement, ce document a toujours eu une grande importance, car il permettait au pèlerin une fois rentré chez lui, de montrer à tous qu’il avait effectué correctement son pèlerinage et qu’il pouvait donc être relevé de son vœu.


Merci de nous avoir suivi…
durant cette longue pérégrination de 21 articles.

A bientôt pour un nouveau Chemin !

Pour revenir au début du CHEMIN D’ASSISE : cliquez ici

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18 réflexions au sujet de « ASSISI »

  1. Trop génial Gilles, merci et merci encore. J’aime tes textes, tes photos et celles de Babeth.
    Merci à vous 2 pour ces délicieux moments.
    En vrac :
    Bon ! On devait faire 1433 km et finalement on en a fait 1535.41, mais ça aurait été dommage de ne pas les faire ces 100 kms en plus !
    On n’a pas beaucoup parlé des lectures le soir avant de s’endormir, ça aussi c’est super !
    Ni des petits et moyens bobos qui nous ont, chacun à notre tour, fait un peu serrer les dents …
    Pour ma part, j’ai été très bien comprise et soulagée par Gil et Bab dans ces cas là, encore merci à vous 2 !
    Attention, quand je dis « bobo », je ne dis pas « bourgeois-bohème», quoi que !
    Encore une belle trouvaille cette ballade du paysan poète « Cici Cafaro » interprétée par « Antonio Castrignanò : Mula Pietra », qui raconte l’amour pour une femme maintenue fermée à la maison par ses parents mais disputée par de nombreux prétendants.
    Elles sont déconcertantes tes histoires merveilleuses de la vie de saint François d’Assise, merveilleuses « Fioretti » qui laissent, au moins, à penser que nous devrions aller vers plus de simplicité …
    Ce livre « Petit traité sur l’immensité du monde » de Sylvain Tesson, excellent cadeau de mes sœurs, frère, belle sœur et beau frère pour mes 70 ans !
    A bientôt sur les chemins.
    Le Musardo

    « Pax et Bonum ! Paix : saint François d’Assise avait l’habitude de saluer ceux qu’ils rencontraient avec les mots de Jésus : « que le Seigneur vous donne sa paix ! ». Bien : tel est le nom de Dieu pour saint François qui appelait Dieu, le « Bien souverain », le « Bien total », le Créateur de qui vient tous les biens. »

    Aimé par 1 personne

    • Je ne saurais te dire qu’un petit mot pour ce long complément qui manquait effectivement… Un petit, tout petit, petitissimo, mais si beau, si simple, qui touche toujours sa cible… “L’amour est un duel : – Bien touché ! Merci.” (Tristan Corbière)… “Un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie  » Pablo Neruda… MERCI pour notre VIE, MERCI pour Tout, petit Musardo.
      Moumouche

      Aimé par 1 personne

    • Bonsoir Nicole et Gérard,

      Nous avons intercepté votre commentaire dans FB…
      Merci pour ce retour qui fait chaud au cœur… Si notre pérégrination vous a fait imaginer que vous marchiez à nos côtés, c’est déjà pas mal… D’ailleurs maintenant que vous le dites parfois nous vous entendions parler derrière nous, nous nous étions fait la réflexion avec Babeth et Dom…
      As-tu été chercher ton pain à pied ? Sinon ne tant fait pas ce sera pour demain… Tu connais « Demain on rase gratis ! ».
      Merci encore,
      des Bises,
      Gil&Dom

      Aimé par 1 personne

  2. Grazzie Dominique, Grazzie Gilles, per avermi fatto vivere insieme a voi questo meraviglioso Cammino: Spero un giorno di poter fare questo cammino facendo tesoro della vostra esperienza.

    Paolo
    Un vecchio pellegrino conosciuto sulla via Francigena…

    Aimé par 2 personnes

    • Caro Paolo,

      Siamo molto felici di ricevere questa tua parola … Pensiamo molto spesso al nostro amico Paolo, questo buon compagno sulla Via Francigena. La Strada di Assisi è un bel pellegrinaggio …
      Speriamo forse un giorno di tornare a camminare con te. La nostra prossima passeggiata sarà: Via Domitia (Montgenèvre ad Arles / 420 km) poi Via Tolosana (Arles a Pamplona / 900 km) nel 2019.

      Ti baciamo molto calorosamente,
      Gil & Dominique

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  3. Mille mercis pour nous avoir permis de voyager en votre compagnie, de revoir ces merveilleux paysages toscans…sans craindre les crocs des molosses, ni les chenilles urticantes…
    Nous avons beaucoup apprécié votre ressenti, à coeur ouvert, la foi intérieure de Domi, la foi en l’autre de Babeth et la foi laïque de Gilles…
    Vos ressentis sont très émouvants d’authenticité…
    Nous n’avons qu’un mot à vous dire du fond du coeur : BRAVO et MERCI ! Votre foi a su renverser les montagnes…Pax et Bonum !

    Nous vous embrassons tous les trois
    Nelly et J.Claude

    Aimé par 1 personne

  4. Et voilà le cheminement en votre compagnie s’arrête là… jusqu’au prochain départ !
    Merci Babeth et Domi, merci Gilles, marcher à vos côtés est un plaisir, et (virtuellement) ça ne m’a pas laissé trop d’ampoules 🙂 Je viens de terminer « L’axe du loup » de Sylvain Tesson, peut-être une source d’idées pour une prochaine balade, dans pas des évadés du goulag…
    Bizz à vous trois, grand merci et joyeux noël !
    O*

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    • Hell O*

      Elle est là, toujours présente, toujours disponible à nos mots, prête à venir avec nous dans nos élucubrations de pérégrins, à nous écouter dans nos souvenances, à s’installer dans l’échange… Et oui, il y aura un prochain départ pour les Raboliots, la trace est déjà tracée, ce sera : La nostra prossima passeggiata sarà: Via Domitia (Montgenèvre a Arles / 420 km) poi Via Tolosana (Arles a Pamplona / 900 km) nel 2019.
      Le livre de Sylvain Tesson dont tu nous parles nous rappelle un très beau film, Les Chemins de la Liberté de Peter Weir.
      (En 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s’évader d’un camp de travail sibérien.
      Pour ces hommes venus de tous les horizons, s’échapper de cet enfer ne sera que le début de l’aventure…
      Ensemble, ils vont parcourir plus de 10 000 kilomètres, à travers la toundra sibérienne glacée, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l’Himalaya pour franchir la Grande Muraille de Chine.)
      . Nous pensons que Tesson c’est inspiré de cette folie… Nous le lirons.

      Nous t’embrassons très chaleureusement à l’occasion de cette nouvelle Charnière !
      Gil&Dom

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    • Frère Jeannot du Soir,
      Un chant qui te mettra en joie et qui accompagnera tes libations de Montepulciano…
      il s’agit bien sûr du groupe BONUM VINUM !!!

      PAX ET BONUM VINUM FRA GIOVANNI
      Gil&Dom

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    • Très chers Régine et Dominique,

      Merci pour vos félicitations… A notre tour de vous féliciter, car c’est grâce à vous et aux autres accueillants que tout doucement, tout chaleureusement, tout amicalement nous sommes arrivés à ASSISI… Vous souvenez vous ce que j’écrivais dans notre blog…
      « Il y aura aussi Dominique et Régine, Dominique le fils d’immigrés italiens, Régine la fille d’immigrés polonais. Dominique qui vient au-devant de nous sur la route pour nous installer chaleureusement dans la salle paroissiale. Puis il nous véhicule pour aller diner avec lui et sa femme dans leur maison. Sur le chemin il nous présente amoureusement à sa petite église, puis à son petit cimetière, à sa petite maison et pour terminer à sa petite femme Régine aux yeux turquoise comme la couleur de son vêtement… Un repas de Ouf ! Régine et Dominique font l’impossible nous accueillant de manière fastueuse pour un diner somptueux, du grand art… »
      Merci encore…
      Gil&Dom

      PS : Notre article sur la Bourgogne :
      https://chemindassise.wordpress.com/2016/06/09/la-bourgogne/

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  5. Bravo Bravo ! que de chemins parcourus
    merci pour vos témoignages
    je suis toujours en pause … pour reprendre le chemin depuis St Jean de Maurienne mais il est vrai que j’ai fait des chemins buissonniers dans L’Aubrac et même du cyclo tourisme en Bretagne …faut pas mollir !!!
    Belle Année à vous trois,

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    • Bonjour Marielle,

      Merci de nous donner de tes nouvelles…
      Nous voyons effectivement que tu ne mollies pas c’est l’essentiel ! Surtout qu’après Saint Jean de Maurienne tu attaques une belle partie montagneuse, les Alpes, puis les Apennins avec la Via Alta… jusqu’à Sarzanna… Mais c’est superbe !
      De notre côté nous allons mettre le couvert pour la Via Domitia (Briançon – Arles) puis la Via Tolosana (Arles à Pamplona) en plusieurs fois…

      Une très bonne année 2019 pour toi…
      Gil&Dom

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